Cartographie et territoires hybrides

Le graphiste américain Scott Reinhard réalise un travail de cartographie artistique original en combinant des élévations 3D actuelles avec des cartes topographiques historiques pour créer des représentations tridimensionnels d’une région, d’une ville ou d’un État. Pour réaliser ses cartes numériques, il extrait des données altimétriques de l’United States Geological Survey, qu’il incorpore à des informations de localisation, pour fusionner ensuite l’ensemble avec le tracé original de cartes anciennes.

Scott Reinhard est un graphiste basé à Brooklyn. Il travaille au studio de design multidisciplinaire 2×4 de New York. Auparavant il a été designer au Museum of Contemporary Art de Chicago et chez VSA Partners. Il a aussi enseigné au Pratt Institute de New York et il est titulaire d’une maîtrise en design graphique de l‘Université de Caroline du Nord.

Ses créations cartographiques, même s’il vend des tirages haute résolution sur son propre site web, sont avant tout un hobby, une sorte de pas de côté fruit d’une une démarche personnelle :

« Je viens de l’Indiana, qui s’est toujours senti si plat et si ennuyeux. Quand j’ai commencé à faire le rendu 3D des données altimétriques pour cet État, l’histoire de cette terre a émergé. Les glaciers qui ont reculé dans la moitié nord, après la dernière période glaciaire, ont poli, taillé et façonné le terrain d’une façon tout à fait spectaculaire (…). De par cette capacité à collecter et à traiter la grande quantité d’informations librement disponibles, et d‘en faire de belles images, j‘avais comme une sensation de puissance. » — Scott Reinhard, sur le site Colossal

Le travail de Scott Reinhard sur ses composition hybrides, la transformation de données altimétriques en visuels, permettent au graphiste de raconter à chaque fois une histoire particulière, celle de lieux qu’il a « visités personnellement » ou dont il dit être « curieux de les connaître ». Si, pour reprendre l’expression d’Alfred Korzybski, nous sommes d’accord que « la carte n’est pas le territoire », la carte est aussi dans le même temps une narration sur le territoire.

L’hybridation entre l’esthétique moderne des élévations 3D et la touche vintage apportée par la surimpression des cartes anciennes (la typographie et la signalétique employé, le tracé lui-même) contribuant à faire de la narration cartographique de Reinhard quelque chose qui est aussi esthétiquement surprenant et attrayant dans sa puissance d’évocation. Ce qui fait dire à Jason Kottke, observateur attentif des innovations graphiques et visuelles : « J’aimerais voir une version animée de ces montagnes s’élever de la platitude de la carte ».

Une esthétique qui fait aussi sens.

« En visualisant à grande échelle l’histoire qui a façonné la composition d’un territoire, Reinhard est capable de saisir les tendances environnementales d’une manière plus située. Ces forces affectent la façon dont nous traversons nos environnements quotidiens, mais elles sont difficiles à appréhender sans prendre le temps de faire un “zoom arrière” ou de regarder d’en haut. » — Kate Sierzputowski, sur le site « Colossal »

Scott Reinhard a été initié, d’après Kate Sierzputowski, aux méthodes et procédés qu’il utilise pour produire ses cartes hybrides par le travail du cartographe et historien Daniel Huffman qui lui aussi partage ses expérimentations et son savoire-faires, par exemple sur son site Something About Maps et sur celui du projet Linework. Daniel Huffman propose ainsi ce qu’il nomme ses « petites choses réalisées sans autre motivations que l‘amour’ » : par exemple ses cartes réalisées avec une machine à écrire (à base de caractères ASCII) ou ses agencements d’îles des Grands lacs.


Références :


Images : San Francisco, élévation 3D, bathymétrie et carte topographique de 1947. Tags : #cartographie #territoire #art Merci à Mad Meg pour cette trouvaille partagée sur Seenthis.