Emigre, soixante-dix

Pour ses 25 ans, Emigre (associé à  Gingko Press) vient de sortir Emigre No.70: The Look Back Issue. Celebrating 25 Years in Graphic Design, un livre-revue de 500 pages, reprenant « le meilleur » de ce qui a été publié en 69 numéros de cette revue mythique consacrée au graphic design. Une auto-célébration, certes, mais surtout l’occasion de revenir sur le parcours de cette publication atypique, devenue fondeur (marchand de fonte), mais aussi et surtout laboratoire d’innovations et d’expérimentations typographiques.

Pour resituer Emigre et son parcours, on peut se reporter à  l’article de James Puckett, « Starting from seventy 7 », publié sur le site de référence I Love Typography (en anglais), et dont voici la traduction des premières lignes :

En 1983 Rudy VanderLans, Zuzana Licko, Marc Susan, et Menno Meyjes lançaient Emigre, un magazine dédié à  « l’artiste global qui jongle avec les cultures, navigue entre elles, est à  l’aise dans les symboles culturels du monde. Un émigré » (Emigre No. 70, p. 20). Les premiers numéros naviguent entre essais, interviews, fiction et de poésie. VanderLans imprime une ligne graphique sauvage qui ignore les pseudo-règles distilées par les pédagogues du design moderniste. Après quatre numéros, Susan et Meyjes ayant quitté le magazine, VanderLans et Licko transforment Emigre en un magazine de design qui explore des pistes du graphisme expérimentale et et et assisté par ordinateur à  l’image de leur travail.

Aux premiers jours de la publication assistée par ordinateur le choix de fontes disponibles pour les graphistes était très limité. Licko commence à  concevoir des fontes bitmap pour Macintosh et VanderLans les utilisent pour Emigre. Pour financer le magazine ils commencent à  vendre ces polices de caractères, faisant d’Emigre Fonts la première fonderie de caractères numériques. Emigre, marchant sur les traces du The Monotype Recorder, fonctionne désormais à  la fois comme un magazine de design et comme catalogue de fonte.

L’article de James Puckett revient au passage sur les polémiques et faux-débats provoquées à  l’époque par le travail de VanderLans et Licko, qui venait un peu trop bousculer les conformismes professionnels, les dogmes graphiques, les habitudes visuelles et (biensûr) les règles de la très lucrative industrie des fontes.

Références

Emigre 70 – http://www.emigre.com/EB.php?id=125

L’article de James Puckett – http://ilovetypography.com/…/emigre-no-70…